Hakim Ghemmour
Psychanalyste, superviseur en action sociale et médico-sociale
Vous voulez consulter un psychanalyste ?
Psychanalyse et psychothérapieVous êtes une institution ?
Supervision et analyse des pratiquesGenève – Haute-Savoie – Ain – Vaud
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Après une séance d’analyse des pratiques professionnelles (APP) ou de supervision, la vie reprend son cours. Les personnes accompagnées retrouvent les professionnels, les équipes continuent leurs missions, et les contraintes de l’institution sont toujours là. Une situation travaillée ensemble peut rester difficile. Pourtant, quelque chose a parfois bougé.
Une question se pose autrement. Une parole entendue continue de résonner. Un comportement paraît moins facile à expliquer. Un professionnel se dit qu’il va reprendre un échange qu’il redoutait. Une équipe voit mieux ce qu’elle peut faire elle-même et ce qui relève d’une décision de la direction.
Ces changements sont souvent discrets. Ils peuvent toucher la façon d’écouter, une attente dont on prend conscience, une responsabilité mieux placée, ou une limite que l’on arrive enfin à dire. Leur portée se mesure avec le temps, au contact des situations.
Dans cet article, on parlera de « déplacement » pour décrire ces évolutions. Le mot a l’avantage de ne pas imposer une direction unique. Le professionnel reste pris dans une réalité compliquée, mais sa place dans cette réalité peut être questionnée. Ce qui semblait évident redevient incertain. Ce qui semblait bloqué laisse apparaître une autre possibilité.
Nous ferons dialoguer quatre approches : la pensée réflexive, la clinique de l’activité, l’éthique du care et l’approche psychanalytique de la parole et de la relation. Chacune éclaire une dimension différente du travail. Pour les relier, il faut respecter à la fois ce qui les distingue et ce qui les rapproche.
Dans le travail social, le soin, l’éducation ou la petite enfance, l’expérience se construit au fil des rencontres. Des repères s’installent. On apprend à reconnaître certaines situations, à anticiper des réactions, à ajuster ce que l’on fait.
Cette familiarité aide à agir. Mais elle peut aussi nous faire plaquer trop vite une explication connue sur une situation qui, en réalité, demanderait qu’on la regarde de plus près.
Le philosophe John Dewey donne à la pensée réflexive une exigence précise. Dans How We Think, il parle d’un « examen actif, persistant et attentif » (traduction de l’anglais) de nos croyances, de ce qui les fonde et de ce qu’elles entraînent. Réfléchir, c’est donc revenir sur ce que l’on tient pour vrai et sur les raisons de le croire.
Pour l’APP, cela pose une question simple : comment une expérience devient-elle l’occasion d’apprendre ?
Raconter est un premier pas. Le travail avance quand on peut ensuite interroger le récit lui-même. Qu’ai-je retenu de la situation ? Comment ai-je relié les éléments entre eux ? Quelle attente guidait mon action ? Pourquoi est-ce que je prête telle intention à cette personne ?
Le déplacement commence quand l’expérience peut de nouveau nous surprendre. Un détail prend de l’importance, une contradiction apparaît, une certitude demande à être vérifiée. Le professionnel peut alors remettre en question sa compréhension, tout en reconnaissant les savoirs qui lui permettent de travailler.
Une situation arrive en séance à travers une parole : celle de la personne qui la raconte, depuis la place qu’elle occupait, avec ce qu’elle a perçu, ressenti et compris. Le récit organise déjà l’expérience.
Une personne est décrite comme « agressive », une famille comme « envahissante », un collègue comme « désengagé ». Ces mots résument plusieurs événements et donnent du sens à ce qui a été vécu. Mais ils peuvent aussi fermer trop vite la réflexion.
Revenir aux paroles prononcées, aux gestes et à leur enchaînement permet de préciser de quoi l’on parle. La personne a-t-elle élevé la voix, coupé la discussion, proféré une menace, ou simplement exprimé un désaccord avec force ? À quel moment la tension est-elle montée ? Que s’était-il passé juste avant ?
Cela aide à distinguer ce qui a été observé, ce qui a été ressenti et ce qui a été interprété. Cette distinction n’est jamais parfaite, car on perçoit toujours depuis une position. Mais elle donne un repère pour penser avec rigueur.
On peut alors formuler plusieurs hypothèses. Un refus peut traduire une incompréhension, une inquiétude, une expérience passée ou une opposition assumée. Il reste à vérifier laquelle tient la route.
Le déplacement consiste ici à rendre une lecture discutable. Une conviction peut se préciser ou s’affaiblir. La situation redevient ouverte à l’enquête et à la rencontre.
Certaines difficultés semblent appeler une réponse immédiate : comment obtenir l’accord d’une famille, calmer une tension, faire respecter une règle ? La question paraît évidente. Pourtant, elle contient déjà une manière de définir le problème.
Donald Schön étudie ce mécanisme dans The Reflective Practitioner. Il s’intéresse aux savoirs que les professionnels mobilisent dans l’action, souvent sans pouvoir les formuler, et à la façon dont ils réfléchissent face à des situations incertaines. Selon lui, les praticiens compétents « savent généralement plus qu’ils ne peuvent le dire » (traduction de l’anglais). Il montre aussi que la manière dont une situation devient « un problème à résoudre » joue un rôle essentiel.
Cela invite à explorer la question avant de chercher la solution.
Se demander « comment faire adhérer cette personne ? » conduit à chercher des moyens de la convaincre. Se demander « comment notre proposition rejoint-elle ses priorités ? » ouvre un autre espace. La question de l’adhésion reste là, mais la relation entre en jeu dans l’analyse.
Le déplacement porte alors sur l’objet même du travail. Une difficulté attribuée à la personne peut aussi tenir à une attente des professionnels, à une contradiction dans leur mandat, ou à une proposition qui n’a pas assez été discutée.
La réflexion permet de reprendre ces éléments et d’en examiner les conséquences. Une autre façon de formuler le problème devient possible, et elle appelle parfois une autre façon d’intervenir.
Avec Joseph Rouzel, la supervision d’équipe prend une orientation clinique : elle est attentive à la parole, à l’implication des professionnels et aux effets de la rencontre.
L’ouvrage collectif qu’il dirige, La posture du superviseur, place au centre la manière de travailler la demande adressée à l’intervenant. Sa présentation éditoriale décrit une fonction qui « réouvre ce que la pente institutionnelle tend à clore ». Autrement dit, il s’agit de garder vivantes les questions que les habitudes et les savoirs établis ont tendance à recouvrir.
On peut voir le déplacement comme une reprise de ce qui semblait déjà expliqué.
Une équipe possède des connaissances précieuses sur son activité. Elle se construit aussi des expressions familières : « avec lui, c’est toujours pareil », « cette famille fonctionne comme ça », « on a déjà tout essayé ». Ces phrases peuvent traduire une expérience répétée et un vrai épuisement.
Le travail consiste à leur redonner une possibilité d’exploration. Que recouvre ce « toujours » ? Quelles tentatives ont eu lieu ? Dans quelles circonstances ? Qu’est-ce qui varie malgré la répétition ?
L’intervenant soutient ce mouvement par ses relances, par sa façon d’accueillir le récit et par son attention aux écarts. Il a une responsabilité : permettre aux professionnels de poursuivre leur réflexion, même si elle bouscule les premières hypothèses du superviseur.
En séance, l’attention va naturellement à ce qui est raconté : les faits, les décisions, les comportements. Mais la façon dont une personne prend la parole mérite aussi d’être entendue.
Lacan écrit dans L’étourdit :
« Qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend. »
Cette phrase appartient à une réflexion psychanalytique et logique sur la différence entre le fait de dire et ce qui est dit. Sans prétendre en épuiser le sens, on peut s’en servir comme point d’appui pour s’interroger, en supervision, sur la place de celui qui parle dans ce qu’il raconte.
Par exemple, un professionnel explique qu’une situation est devenue impossible à tenir. Au fil de son récit, on peut comprendre qu’il cherche aussi à faire reconnaître une responsabilité qu’il porte seul, une limite que personne n’entend, ou une inquiétude qu’il a du mal à exprimer.
Ce ne sont que des hypothèses. Elles doivent être reprises avec lui, à partir de ses propres mots et de ce qu’il souhaite travailler.
Le déplacement peut se produire quand il s’entend dire quelque chose qu’il n’avait pas encore repéré. La parole dépasse alors la simple transmission d’informations : elle l’aide à situer son expérience et sa place dans le travail.
Dans La direction de la cure et les principes de son pouvoir, Lacan distingue diriger la cure et diriger le patient. Il précise que l’analyste « ne doit point diriger le patient ». Cette idée concerne le cadre de la cure psychanalytique. L’appliquer à la supervision est ici une lecture éthique, et non une équivalence entre les deux dispositifs.
Elle permet de se demander : comment soutenir le travail de réflexion sans décider à l’avance de la position que le professionnel devrait atteindre ?
L’intervenant est garant du cadre, de la circulation de la parole et de l’exigence de précision. Il peut proposer une hypothèse, apporter un repère ou relever une contradiction. Mais ses interventions gagnent à rester discutables.
Cette posture demande de la vigilance face au pouvoir du savoir. Une interprétation peut éclairer une situation. Elle peut aussi devenir difficile à contester quand elle vient de quelqu’un qui a de l’autorité.
Pour que le professionnel se déplace, il doit pouvoir reprendre ce qu’on lui propose, éprouver si cela lui convient et dire son désaccord. La qualité d’une supervision se joue aussi là. Elle suppose que l’intervenant accepte de revoir ce qu’il croyait avoir compris.
Accompagner engage une présence, des attentes, une sensibilité. Certaines personnes nous touchent plus que d’autres. Certaines demandes éveillent un élan particulier, d’autres une lassitude que l’on ne s’explique pas.
Une lecture clinique peut explorer ce qui se joue dans ces rencontres. L’histoire de chacun, l’idée que l’on se fait de l’aide et les attentes réciproques participent à la relation, avec les conditions concrètes du travail.
Il faut toutefois être précis quand on parle de « transfert ». Ce terme renvoie à un cadre théorique particulier. Il ne doit pas devenir une explication passe-partout pour toute émotion ou tout désaccord. En supervision, il s’agit plutôt d’examiner ce qui se répète ou se déplace dans une relation professionnelle, en respectant les limites du mandat.
Pourquoi est-ce toujours moi qui reprends cette situation ? Qu’est-ce qui rend ce refus si difficile à entendre ? Quelle place m’attribue-t-on, et comment est-ce que j’y réponds ?
Ces questions aident à repérer une attente devenue trop lourde, un besoin de soutien ou une responsabilité à partager. Elles restent centrées sur l’activité et la relation de travail.
Le déplacement touche alors la manière d’être engagé. Le professionnel peut garder son attention à l’autre tout en voyant mieux ce qui lui appartient, ce qui se construit dans la rencontre et ce qui demande un relais.
Soutenir, protéger, favoriser l’autonomie : les intentions professionnelles donnent un cap à l’accompagnement. Elles peuvent aussi nous attacher fortement à une issue que l’on juge souhaitable.
Quand la personne hésite ou refuse, une tension apparaît entre le projet que l’on porte pour elle et la place qu’elle veut lui donner. Cette tension touche à la question du pouvoir dans la relation d’aide.
Qui définit le besoin ? Qui fixe les priorités ? La proposition peut-elle être discutée ? Comment le désaccord est-il entendu ?
L’APP permet d’examiner ces questions à partir de situations précises. Une démarche logique pour l’équipe peut paraître inquiétante, ou secondaire, pour la personne. Un même accompagnement peut être vécu comme un soutien dans certaines circonstances et comme une pression dans d’autres.
Faire une place à ce point de vue, c’est reconnaître ce que l’on ignore de l’expérience de l’autre. Le groupe peut avancer des hypothèses, mais il faut la rencontre avec la personne pour les vérifier.
Le déplacement consiste à reprendre sa proposition à partir de cette tension. Il peut conduire à reformuler, à expliciter une obligation ou à reconnaître les limites d’un accord. Les responsabilités professionnelles demeurent, mais la parole de l’autre peut davantage influencer la manière de les exercer.
L’éthique du care permet de relier cette réflexion aux conditions sociales de l’accompagnement. Dans Un monde vulnérable, Joan Tronto propose une approche politique du souci des autres. La définition qu’elle donne avec Berenice Fisher parle de tout ce que nous faisons pour « maintenir, perpétuer et réparer notre “monde” ». Le care désigne donc des activités, des responsabilités et une organisation collective.
Cette approche invite à se demander comment l’attention devient possible dans le travail réel.
Avoir du temps, assurer la continuité, transmettre les informations, pouvoir solliciter un collègue : tout cela conditionne la qualité de la relation. Une équipe peut reconnaître qu’un accueil plus attentif serait nécessaire, tout en faisant face à plusieurs urgences à la fois.
Il est utile d’explorer cette tension. Quels arbitrages sont faits ? Quelles tâches passent après les autres ? Qui en supporte les conséquences ?
Le déplacement porte ici sur la répartition des responsabilités. Une difficulté relationnelle peut aussi révéler une organisation qui fragilise la disponibilité des professionnels.
La supervision prend alors une portée institutionnelle : elle aide à formuler ces liens et à repérer dans quels espaces les questions doivent être portées. Une limite vécue jusque-là comme une insuffisance personnelle peut devenir un problème de travail à discuter collectivement.
On explique souvent les tensions d’équipe par des différences de personnalité. Ces différences existent, mais elles peuvent cacher des désaccords sur ce que veut dire bien faire son métier.
Yves Clot et ses collègues accordent une place centrale aux conflits de critères autour du « travail bien fait ». Leur notion de coopération conflictuelle invite à voir comment la discussion sur la qualité du travail peut renforcer la coopération, entre professionnels et avec la hiérarchie.
Cela permet de reprendre une opposition autrement. L’un insiste sur la sécurité, l’autre sur l’autonomie, un troisième veut préserver la continuité du cadre. Chacun défend une exigence professionnelle, avec des conséquences différentes pour la situation.
Qu’est-ce que chacun cherche à protéger ? Quel risque lui paraît prioritaire ? Sur quels éléments s’appuie son jugement ?
Le déplacement devient collectif quand ces critères peuvent être dits. Les professionnels comprennent mieux leur désaccord, précisent leur marge d’appréciation ou repèrent qu’un arbitrage est nécessaire.
L’intelligence collective se construit dans cette capacité à tenir la discussion. Elle demande de la place pour les contributions qui dérangent les habitudes du groupe, et de l’attention aux différences de statut et d’aisance à parler. Un accord est plus solide quand les tensions qui le traversent ont pu être examinées.
Imaginons une situation fictive en crèche. Lors des séparations du matin, un parent prolonge régulièrement sa présence. Une professionnelle se sent retenue alors que plusieurs enfants réclament son attention. Elle commence à redouter cette arrivée.
Dans son premier récit, la difficulté semble se concentrer sur un parent qui « n’arrive pas à partir ». Le groupe reprend les paroles, les gestes, la place de l’enfant et l’enchaînement des événements.
Plusieurs questions émergent. Le passage de relais est-il clairement formulé ? La professionnelle attend-elle un départ rapide pour se sentir assez disponible ? Le parent reçoit-il des repères cohérents d’un jour à l’autre ? L’organisation prévoit-elle un temps d’accueil adapté aux besoins observés ?
Les perspectives se croisent sans se confondre : la précision de l’expérience, la manière de définir la difficulté, l’implication de la professionnelle, la place du parent et les conditions de travail.
On peut alors tester une piste : expliciter le relais, reprendre un échange avec la famille, ou rediscuter la répartition des présences. Ses effets restent à observer.
Le déplacement tient à ce changement de lecture. Une scène d’abord attribuée à la difficulté d’une personne devient une situation à la fois relationnelle et organisationnelle. Chacun retrouve une place dans l’analyse, avec ses responsabilités et ce qu’il reste à comprendre.
Une parole peut prendre son sens plusieurs jours après la séance. Une limite repérée peut rester difficile à poser. Un professionnel peut comprendre une répétition tout en continuant d’y être pris.
Ce rythme demande de tenir compte des conditions de l’action. Faire évoluer sa posture engage des habitudes, des attentes collectives et parfois de vrais risques. Une compréhension nouvelle doit trouver sa place dans tout cet ensemble.
La régularité des séances permet de reprendre les fils. Qu’a-t-on essayé ? Avec quels effets ? Qu’est-ce qui a empêché de poursuivre une piste ? La question posée la dernière fois est-elle toujours la bonne ?
Ces retours font de la place à ce qui résiste à nos prévisions. Ils permettent aussi de reconnaître les petits changements : demander un relais plus tôt, soutenir un désaccord, préciser une transmission, entendre autrement une demande.
L’évolution passe par des essais, des reprises et des périodes de stabilité. Une piste peut être abandonnée parce que l’expérience en montre les limites.
Le travail de réflexion garde sa force quand il accompagne ces rythmes. Ce qui s’élabore en séance est confronté au quotidien, puis repris en discussion. Ces allers-retours nourrissent une pensée professionnelle capable de rester ouverte à ce que les situations lui apprennent.
Une relation s’apaise, une équipe retrouve des possibilités d’échange : on peut relier ces évolutions au travail de supervision. Mais il faut rester prudent sur le lien de cause à effet.
Une décision de l’institution, une initiative de la personne accompagnée ou un changement de contexte ont pu jouer. Les effets d’une séance s’inscrivent dans cet ensemble.
Les auteurs mobilisés ici offrent des façons de penser l’expérience et ses déplacements. Ils ne prouvent pas, à eux seuls, l’efficacité d’un dispositif. Leur valeur tient aux questions qu’ils permettent de travailler et à leur confrontation avec les situations réelles.
On peut alors chercher des indices précis : une responsabilité a été clarifiée, un échange a été repris, une difficulté a été portée auprès de la direction. Il reste à examiner les conséquences de ces initiatives et le point de vue des personnes concernées.
Le soulagement de l’équipe compte. La place laissée aux personnes accompagnées compte tout autant. Une évolution appréciée par les professionnels mérite d’être questionnée à partir de ce qu’elle change pour elles.
Cette exigence maintient ensemble l’attention clinique, la réflexion éthique et l’analyse institutionnelle. Elle permet de reconnaître les déplacements observés tout en gardant ouvertes les questions qu’ils soulèvent.
Dewey, Schön, Rouzel, Lacan, Tronto et Clot développent des pensées différentes. Leur dialogue ne forme pas une méthode unique. Il permet ici de tenir plusieurs exigences : examiner ses interprétations, entendre la parole dans sa singularité, interroger sa place, discuter les critères du travail et reconnaître les conditions concrètes de l’accompagnement.
Ces approches se mettent aussi à l’épreuve les unes les autres. Une lecture clinique gagne à rester attentive à l’organisation. Une analyse institutionnelle gagne à préserver la singularité des personnes. Et la réflexion sur l’action doit garder une place pour ce qui échappe encore aux mots.
Après une séance d’APP ou de supervision, la difficulté peut rester. Mais elle peut être moins solitaire, mieux située et plus ouverte à la discussion. Les responsabilités se précisent, une limite devient dicible, une rencontre peut être reprise.
Le déplacement se joue parfois dans cette disponibilité retrouvée : pouvoir rester engagé dans une situation tout en acceptant de réexaminer la place que l’on y occupe.
Les pratiques évoluent ainsi, à travers des paroles, des décisions et des gestes dont la portée se découvre avec les autres, dans le temps du travail.
Clot, Yves, avec Jean-Yves Bonnefond, Antoine Bonnemain et Mylène Zittoun (2021). Le prix du travail bien fait. La coopération conflictuelle dans les organisations. La Découverte.
Dewey, John (1910). How We Think. D. C. Heath & Co., chapitre I.
Lacan, Jacques (1966 [1958]). « La direction de la cure et les principes de son pouvoir », dans Écrits. Seuil.
Lacan, Jacques (2001 [1972]). « L’étourdit », dans Autres écrits, p. 449-495. Seuil.
Rouzel, Joseph (dir.) (2017). La posture du superviseur. Supervision, analyse des pratiques, régulation d’équipes… Érès.
Schön, Donald A. (1983). The Reflective Practitioner: How Professionals Think in Action. Basic Books.
Tronto, Joan C. (2009 [1993]). Un monde vulnérable. Pour une politique du care. Traduction d’Hervé Maury. La Découverte.
Les rapprochements proposés entre ces travaux et les dispositifs de supervision relèvent de l’argumentation de cet article. Les citations de Dewey et de Schön sont traduites de l’anglais. La formule associée à l’ouvrage dirigé par Rouzel provient de sa présentation éditoriale.
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